AccueilActualitéRégion Île-de-France & Grand ParisCécile de Saint-Michel : “Un congrès national hors norme”
Spécial 78e Congrès des experts-comptables

Cécile de Saint-Michel : “Un congrès national hors norme”

Les experts-comptables de France vont se retrouver à Montpellier, du 27 au 29 septembre, pour la 78e édition du Congrès de l’Ordre des experts-comptables.
Cécile de Saint-Michel est présidente du Conseil national de l'Ordre des experts-comptables.
© AP / Quentin Clauzon - Cécile de Saint-Michel est présidente du Conseil national de l'Ordre des experts-comptables.

ActualitéRégion Île-de-France & Grand Paris Publié le , Propos recueillis par Boris Stoykov

Ce rendez-vous incontournable de la profession allie séances plénières politiques, grandes conférences, grands entretiens et ateliers pédagogiques à forte valeur ajoutée. Cécile de Saint-Michel, la présidente de l’Ordre, présente cette édition qui s’annonce hors norme.

Affiches Parisiennes : Le 78e congrès de la profession arrive rapidement à Montpellier, après des universités d'été de la région parisienne, un autre grand événement. Quel est le sujet phare du congrès cette année ?

Cécile de Saint-Michel : Cette année le congrès national est hors norme, avec un thème très, très, très populaire et très attirant pour nos confrères, “De la facture électronique à la data, le début d'une nouvelle ère”. Nous avons battu tous les records d'inscriptions pour cette édition. La facture électronique est, bien évidemment, le sujet d'actualité du moment, et qui dit “facture électronique” dit aussi “data” et intelligence artificielle. Ces sujets constituent le fil rouge de ces trois jours de congrès, notamment avec tous les ateliers.

Pour autant, les Pouvoirs publics ont reporté la mise en place de la facturation électronique. Que pouvez-vous dire sur le sujet ?

Le report de la facture électronique nous a été annoncé à la fin du mois de juillet. Dans un premier temps, cette décision a été une déception pour la profession. Nous nous préparons depuis des mois à son entrée en vigueur au 1ᵉʳ juillet 2024.

Le Conseil national avait mis en place une série de mesures d'accompagnement, des formations gratuites, mises en place dans les conseils régionaux, pour former les experts-comptables. Nous avons aussi créé une plateforme dédiée, regroupant la formation, les webinaires et l’information sur la facture électronique. Les cabinets ont fait l'effort de se former, de s'informer, mais également de sensibiliser et d'accompagner les clients, puisque les entreprises vont y être confrontées. Après tous ces efforts, nous avons donc appris le report de l’entrée en vigueur, sans préliminaire et, surtout, sans calendrier de substitution.

Une fois la déception passée, en y réfléchissant, je me dis que c’est aussi une bouffée d'oxygène qui va nous permettre d'encore mieux nous préparer. Nous avons ainsi le temps de repenser les stratégies de nos cabinets. Ce décalage de la mise en place de la facture électronique va permettre aux confrères, pour ceux qui ont commencé à se préparer encore mieux et pour ceux qui étaient un peu en retard à accélérer leur préparation. Finalement, avec le recul, on se dit “profitons de ce temps supplémentaire pour continuer notre formation”. La problématique, c'est l’absence de date de l’entrée en vigueur. Il ne faudrait pas que tout le monde se démobilise.

Vous avez ce message de mobilisation à faire passer ?

Ce message, je l’ai déjà fait passer aux récentes universités d'été de Paris : “Restons mobilisés, continuons à travailler, continuons à nous engager dans la mise en place de la facture électronique, mais aussi dans la mise en place d’une réflexion sur de nouvelles missions dans nos cabinets, à travers la facture électrique”. Il ne faut pas se leurrer, nous allons avoir cette facture électronique.

Effectivement, c’est le sujet de la plénière d'ouverture et aussi l’un des grands thèmes de ce congrès. Les enjeux de la transformation numérique intéressent les cabinets, mais aussi des entreprises, parce que tout le monde est concerné.


- À propos des enjeux de la transformation numérique lors de la plénière d'ouverture du congrès.

Il y a aussi l'intelligence artificielle. Va-t-elle aider l'expert-comptable dans ses missions ?

Oui, bien évidemment. De toute façon, c'est le progrès, c'est le sens de l'Histoire. L'intelligence artificielle est un outil d'aide à l'intelligence humaine, comme les outils mécaniques d'aide pour la force humaine. Grâce à elle, on va pouvoir développer de nouvelles missions. Mais, pour moi, ce n'est qu'un outil. Nous ne devons pas en avoir peur. Il faut arrêter de croire que l'intelligence artificielle va remplacer l'intelligence humaine. Pas du tout. Elle va juste aider l'intelligence humaine à adopter les nouvelles technologies, pour développer nos cabinets.

Vous avez évoqué l'importance de l'expert-comptable dans l'action économique pour les entreprises. Le Gouvernement a des grandes priorités, notamment la réindustrialisation du pays, vous avez aussi un atelier sur le sujet…

Tout ce qui touche l'économie du pays est un sujet important pour les experts-comptables, parce que nous sommes au cœur de cette économie, partenaires privilégiés des entreprises. À ce titre, la réindustrialisation du pays est importante pour nous. Il faut que nous soyons présents, à côté de nos clients pour les accompagner. Une autre priorité du Gouvernement, la durabilité, est et également un enjeu sociétal important.
Au niveau de l’Ordre, nous avons développé un secteur complet sur la durabilité, confié à un vice- président qui ne s’y consacre totalement. C'est un autre enjeu sociétal important qui va devenir essentiel pour les entreprises et nous sommes présents à leurs côtés. Sans les experts-comptables, il n'y aura pas de mise en place de la durabilité dans les TPE/ PME. Nous sommes donc incontournables.

La RSE est essentielle pour toutes les entreprises. Il y a les grandes entreprises qui vont plus facilement s'adapter, mais pour les TPE, c'est plus difficile. D'où, j'imagine, l'importance de votre action ?

Exactement. Nous avons un rôle primordial dans ce domaine auprès de nos clients. Pour l'instant, les TPE/PME n'ont pas encore été sensibilisés. C'est notre rôle de les accompagner dans cette démarche RSE. Ça ne passera pas sans nous. L'Ordre travaille sur le sujet, en élaborant des outils et un référentiel de missions et de formations à destination des experts-comptables, pour qu’ils puissent accompagner leurs clients dans cette démarche RSE qui va devenir indispensable.

Nous avons lancé une plateforme, Cap Durabilité dédiée avec un accès privé pour les professionnels. Nous savons que c'est un pilier fort de notre mandature et c'est un enjeu sociétal pour les experts-comptables et pour les entreprises. Donc, nous n’avons pas le choix. C'est de notre ressort d’accompagner nos clients.

Le congrès traitera aussi du guichet unique. Il y a aussi le registre national. Vos relations avec l'INPI et les greffiers sont-elles au beau fixe ? Constatez-vous une amélioration ?

Le guichet unique… C’est le gros problème du début de l'année, avec une mise en service pour le moins compliquée. C'est aussi pour cette raison que je pense que le report de la facture électronique n'est finalement pas plus mal. Le président de l'INPI a été invité au congrès. Nous n'avons pas de mauvaises relations avec l'INPI. Aujourd'hui, il y a des améliorations constantes. L'Ordre des experts comptables participe au groupe de travail d'amélioration de ce guichet unique. La profession est sollicitée pour faire remonter tous les dysfonctionnements, pour qu'on puisse y remédier. Nos relations avec l'INPI, on va dire qu'elles sont de l’ordre du travail et de l’échange. De toute façon, le Gouvernement n'a pas du tout l'intention de revenir en arrière. Donc, il faut que cette plateforme fonctionne le mieux possible et le plus rapidement possible. Il n'y a pas de choix. Il faut que tous les partenaires qui utilisent le guichet unique, que ce soient les experts-comptables, les avocats, les greffiers… travaillent pour résoudre les problèmes qui existent encore.

Vous êtes très attachée à la formation des jeunes et à leur place au sein à la profession comptable. Sup' Expertise a été récemment lancée. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre vision d'avenir ?

Sup' Expertise est effectivement l'école de la profession, en Île-de-France, qui dépend du Conseil régional de Paris. J'adorerais avoir une telle école dans tous les conseils régionaux, mais ça, c'est une autre ambition, un peu difficile à réaliser parce qu'il faut avoir des moyens importants. Paris a réussi à le faire et c'est très bien. On s'appuie sur cette école pour avancer.
Il est bien évidentque j'ai une appétence très importante pour la formation et pas uniquement pour celle des jeunes, parce qu'il faut qu'on se forme tout au long de notre vie. C'est comme ça qu'on reste compétent dans nos métiers. Nous avons abordé la facture électronique, les datas, l’intelligence artificielle, l’adaptabilité de nos cabinets à toutes ces nouvelles technologies, la durabilité, la RSE et l’accompagnement des clients. Tout cela, ce sont de nouvelles missions, mais on ne pourra pas les prendre en charge si on ne se forme pas. C’est la base de tout. Au sein de l'Ordre, nous sommes en train d'élaborer un programme comme nous n'en avons jamais eu. C'est un programme de 4 millions d'euros, puisqu'on avait répondu du temps où j'étais présidente du CFPC, justement, en partenariat avec Sup' Expertise, on avait répondu à un appel à projet, Definom, et on a obtenu une subvention de l'ordre de trois millions d'euros, justement, pour réaliser des parcours de formation à destination des collaborateurs, parce que ce sont eux qui vont devoir développer et appliquer toutes ces nouvelles missions chez les clients.

Aujourd'hui, nous avons un programme “Professions comptables 2030”, qui est du jamais vu dans la profession. Nous allons former nos 170 000 collaborateurs, Pour les experts-comptables, c'est aussi la formation continue. Mon vice-président à la formation, Laurent Benoudiz, travaille également à la réforme du diplôme, pour qu’il soit adapté à toutes ces nouvelles énergies et à toutes ces nouvelles façons de travailler.

© AP / Quentin Clauzon, Cécile de Saint-Michel aux Universités d'été 2023 de la profession comptable.

Vous évoquez l'expert-comptable “2030”. Comment le voyez-vous ?

Il sera différent, forcément, puisque les missions ne seront pas les mêmes… à condition que la facture électronique entre en vigueur avant 2030, mais je pense que ça sera le cas. On ne fera plus les tâches mécaniques, telles que la saisie comptable. Ce sont des tâches très administratives, très rébarbatives, qui n'apportent rien en termes de valeur ajoutée. Je pense que l'expert-comptable de 2030 sera le vrai partenaire de l'entreprise. Il aura davantage de temps pour l'accompagner ses clients. N’oublions pas qu’à la base, la vraie mission de l'expert-comptable est d'accompagner ses clients, chefs d'entreprise.

C’est ce que vous appelez le “full service” ?

Oui, le full service en fait partie. C'est l’une des façons d'accompagner nos clients, mais aussi de les conseiller, d'être au plus près d'eux. Aujourd'hui, on passe un temps important à faire ce qu'on appelle du déclaratif, pour l'administration fiscale et les organismes sociaux. On est payé par un chef d'entreprise et on travaille pour l'administration. C'est un peu compliqué. Si on arrive, avec l'automatisation et l'intelligence artificielle à se détacher de ces tâches de saisie comptable et de déclaratifs, nous allons récupérer du temps que nous allons pouvoir consacrer au full services, notamment en matière de gestion, avec des tableaux de bord et des analyses beaucoup plus régulières.

Aujourd'hui, nous n’avons pas le temps de le faire. Dans l’avenir, nous allons vraiment jouer notre rôle de conseiller des chefs d'entreprise à la condition que le ministère des Finances ne nous redonne pas de charges supplémentaires. Nous allons devoir être vigilants.

Aujourd'hui, avez-vous des missions dans le secteur public et quelle est leur importance ?

Ce sont des cabinets d'une certaine taille qui assurent ces missions dans le secteur public. Les collectivités territoriales vont de plus en plus faire appel à nos compétences. Actuellement, ce n'est pas encore vraiment le cas.
Nous ne sommes pas sur le même référentiel que l’administration. Nous ne travaillons pas sur les mêmes comptabilités. Il y a quand même un souhait important de faire converger ces deux comptabilités et que l'administration et les collectivités territoriales convergent vers la comptabilité des entreprises. Dans ce cadre-là, notre rôle va être important.

Vous êtes présidente de l'Ordre depuis la fin de l’année 2022. Quelles demandes formulez-vous au Gouvernement et aux Pouvoirs publics ? Qu'attendez-vous d'eux ?

La première demande que je fais au Gouvernement, c'est d’avoir le “réflexe expert-comptable”. C’est-à-dire de prendre l’habitude de nous consulter avant de changer ou de créer un texte, en matière fiscale, sociale, de mise en place de nouvelles obligations. Nous gagnerions énormément de temps parce que la vision des experts-comptables est très proche du terrain. Nous sommes au quotidien au contact des chefs d'entreprise, notamment des TPE et des PME, qui représentent l’essentiel du tissu économique de notre pays. Nous connaissons les difficultés de nos clients. Si nous étions consultés au moment opportun, nous vivrions dans le meilleur des mondes.
La deuxième chose que je souhaiterais, c'est qu’au véritable lancement de la facture électronique, il n'y ait pas de problème. Il faut prendre le temps pour que tout se passe bien. Dans le cas contraire, ce sera une catastrophe pour nos entreprises.

Il y a des urgences sur lesquelles vous souhaiteriez que les Pouvoirs publics interviennent ?

L’urgence, c’est le guichet unique. Nous avons aussi eu des petits soucis avec la déclaration des biens immobiliers au mois de juin où la plateforme ne fonctionnait pas très bien. Elle était saturée et, certainement, mal dimensionnée. Les urgences, c’est aussi la facture électronique. Nous avons un urgent besoin de la date de mise en application. Pour rester mobilisés, nous avons besoin d'avoir une échéance.

Je serais ravie que Bruno Le Maire vienne jusqu'à Montpellier. Pour l'instant, ce qu'il y a de sûr, c'est qu'on aura un message de Bruno Le Maire, enregistré ou en direct. Quant à Olivia Grégoire, elle a confirmé sa venue. Qui sait, nous aurons peut-être l’honneur d’avoir les deux !


- À propos de la venue de membres du Gouvernement

Avez-vous un message pour les congressistes ?

J’ai un message pour les équipes qui ont préparé le congrès. Elles ont fait un travail extraordinaire. Nous avons aussi des rapporteurs qui ont fait un travail énorme pour ce congrès. Nous enregistrons un record absolu d'inscriptions. Tout cela, c'est grâce à eux, à travers les ateliers qu'ils ont mis en place et développés.
Le congrès va prouver que la profession comptable s’adapte et s’adaptera comme elle l’a toujours fait.
Chaque cabinet doit faire l’effort nécessaire et pour ça, il faut venir au congrès, c’est essentiel, parce que nous traitons tous les grands défis qui se profilent.

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