AccueilDroitActualité du droitPierre Hoffman et Vanessa Bousardo : le souffle nouveau pour le barreau de Paris ?

Pierre Hoffman et Vanessa Bousardo : le souffle nouveau pour le barreau de Paris ?

Avec pour mot d’ordre « la transmission », le binôme souhaite « recréer un lien fort entre les avocats et l’institution, développer l’envie d’engagement collectif et agir pour aider au développement des cabinets ».
Pierre Hoffman et Vanessa Bousardo, candidats au bâtonnat 2024.
© DR - Pierre Hoffman et Vanessa Bousardo, candidats au bâtonnat 2024.

DroitActualité du droit Publié le , Propos recueillis par Boris Stoykov

Pierre Hoffman et Vanessa Bousardo sont candidats au bâtonnat 2024, respectivement en tant que bâtonnier et vice-bâtonnière du barreau de Paris. Les deux avocats, après un passage au Conseil de l’Ordre, souhaitent « redonner du sens à leur profession en œuvrant pour un barreau uni dans sa pluralité, plus ouvert, plus dynamique et plus moderne, adapté aux défis et aux challenges de son époque ».

Affiches Parisiennes : Vous êtes tous les deux candidats au bâtonnat 2024, dont les élections vont se dérouler en juin. Pouvez-vous nous présenter votre binôme ?

Vanessa Bousardo : Je suis avocate pénaliste depuis un peu plus de 17 ans. J'ai commencé par une collaboration de 10 ans aux côtés du bâtonnier Pierre-Olivier Sur. J'ai été élue secrétaire de la Conférence en 2010, ce qui a constitué mon premier contact avec l'institution ordinale, puis élue au Conseil de l'ordre en 2018, où j’ai siégé de 2019 à 2021. J’ai été secrétaire du Conseil en 2021. Je me suis présentée au Conseil de l'Ordre avec un intérêt très fort pour la profession et je suis sortie de ce mandat passionnée et convaincue des nombreuses améliorations encore possibles au service des confrères.

Pierre Hoffman : J'ai fait des études de propriété intellectuelle. J'ai été en stage dans un cabinet anglo-saxon, puis j’ai rencontré Jean-Louis Pelletier dont j’ai été le collaborateur pendant deux ans. J'ai exercé en droit pénal avant de retrouver ma matière d’origine. J’exerce ainsi depuis une vingtaine d'années dans un cabinet spécialisé en propriété intellectuelle. Parallèlement, j’ai aidé des collaboratrices et collaborateurs en difficulté avec leur cabinet, au sein de l’UJA, dont je suis ensuite devenu le vice-président. J’ai été investi par l’UJA et élu au Conseil de l'Ordre en décembre 2015 où j'ai eu la chance d'être délégué aux affaires publiques du barreau de Paris.

A.- P. : Vous vous connaissez d'autant mieux que vous travaillez dans les mêmes locaux ?

V. B. : Le confinement a été compliqué pour nombre d’avocats. En ce qui me concerne, il m'a amenée à quitter les locaux où j’étais installée. C’est alors que les rencontres de la vie m’ont conduite à installer mon cabinet dans des locaux disponibles du cabinet Hoffman. Cette proximité quotidienne a renforcé l’amitié et la compréhension qui existaient déjà entre nous. Avec Pierre, nous n'avons pas eu la chance de siéger ensemble, mais nous savions que nous partagions les mêmes valeurs et diagnostics sur la profession et son avenir.

A.- P. : Pourquoi avez-vous décidé de vous porter candidats à cette élection ?

P. H. : Ces dernières années, nous avons assisté à beaucoup de crises et d’évolutions, mais aussi à une certaine perte de repères. Les avocats n’ont jamais été aussi nombreux à se sentir seuls et n’ont plus toujours le sentiment d'appartenir à une même famille, à quelque chose qui nous dépasse. Si Vanessa n'était pas arrivée dans nos locaux en pleine crise du Covid, nous ne serions pas candidats aujourd'hui. Pendant deux ans, nous avons beaucoup cheminé pour nous rendre compte que nous n’avions jamais eu tant besoin d’engagement que pendant cette période. Nos réflexions ont convergé vers cette question évidente : comment créer une envie d'engagement ? S'il n'y a pas de volonté commune d'améliorer son avenir, il n’est pas possible d’exercer sereinement et il n’y a alors pas de raison de rassembler des confrères et consœurs derrière une candidature et un projet. L'idée centrale, c’est donc la transmission, c’est tendre une main aux avocats et les inciter à participer pour dessiner un avenir commun, celui de la famille judiciaire, celui de notre barreau.

V. B. : Nous sommes tous les deux avocats, depuis 20 ans pour Pierre et 17 ans pour moi. Et l'un de nos points communs, c'est que nous aimons profondément notre profession et que nous sommes convaincus que notre ordre peut faire davantage pour les consœurs et confrères.

Nous croyons fermement à l’importance de l’Ordre qui est la colonne vertébrale de notre profession et la garantie de notre indépendance. Nous nous inscrivons dans la tradition de cet ordre, tout en souhaitant lui apporter un souffle nouveau, pour qu’il réponde véritablement aux attentes des avocats qui le perçoivent trop souvent de manière très distanciée, et afin qu’il s’ouvre largement au barreau qu’il représente, dont les problématiques évoluent constamment.

P.H. : Mon souhait absolu serait qu'à l'issue de notre mandat, il y ait autant de candidats qu’il y a 10 ans. Cela signifierait que nous avons réussi à redonner aux avocats une envie d'engagement, une envie de sortir de leurs cabinets. Avec l’augmentation du conseil, la baisse du contentieux, nous avons tendance à être de plus en plus sédentaires : or, nous devons nous ouvrir aux autres, aller à la rencontre de ceux qui n’exercent pas nécessairement dans la même matière, et même à la rencontre d’autres professions. Avec Vanessa, nous n’avons pas la même activité au quotidien, mais cette complémentarité est une richesse.

© DR

A.- P. : Vous avez dirigé la commission affaires publiques du barreau de Paris, sous le mandat du bâtonnier Sicard. Êtes-vous satisfait du travail accompli à l’époque et voulez-vous continuer dans cette voie ?

P.H. : Une notion fondamentale pour moi est celle du collectif. Quand le bâtonnier Sicard m'a proposé ce poste, j'ai considéré que je ne devais pas mener seul les affaires publiques du barreau. Je lui ai demandé s'il m'autorisait, ce qu’il a fait, à faire appel à tout avocat du barreau de Paris pour qu'il puisse m’accompagner dans les affaires publiques, et ainsi être, vis-à-vis de nos interlocuteurs, extrêmement compétents et sérieux. Avec Vanessa, nous partageons cette vision du collectif, nous considérons que le bâtonnier est le capitaine d’une équipe d’avocats – le Conseil de l’Ordre, qui agit dans l’intérêt du collectif, à savoir le barreau.

A.- P. : Aujourd'hui, le pays traverse plusieurs crises, qui impactent aussi les avocats et leurs clients. Quelle est la situation actuelle dans le plus grand barreau de France ?

P.H. : Les avocats souffrent d’un manque de repères et, pour certains, d’une forme de déclassement. Raison pour laquelle nous souhaitons redonner une certaine fierté à notre profession, qui ne pourra être que collective. Parce que beaucoup d’avocats exercent seuls, ils se sentent souvent isolés. Nous proposons l’organisation de Rencontres du Barreau, à savoir des journées qui permettront aux confrères et aux consœurs de se rencontrer, de créer, le cas échéant, des synergies et pourquoi pas d’aller plus loin dans un rapprochement professionnel.

Cela pourra aussi être l’occasion de créer un lien intergénérationnel, entre des avocats expérimentés et de plus jeunes confrères.

Ces rencontres auront vocation à travailler sur le développement économique des cabinets, qui est plus que jamais une priorité dans une période difficile pour de nombreux cabinets.

V. B. : Nous souhaitons œuvrer à un rapprochement entre les confrères, mais également à un rapprochement entre les confrères, les consœurs et l'institution ordinale. Nous constatons depuis de nombreuses années une forme de défiance à l'égard de l'Ordre, qui se traduit dans les urnes par un taux de participation particulièrement bas. Pour œuvrer dans le sens d’une plus grande proximité, nous proposons un accès direct au bâtonnier et à la vice-bâtonnière, sous la forme d’une permanence, une fois par mois, pour que le lien et la proximité propres aux barreaux de plus petite taille, soient également possibles à Paris.

Nous proposons également d’ouvrir les portes du Conseil de l’Ordre aux avocats et avocates qui n’y sont pas élus mais qui ont un intérêt pour les débats qui s’y déroulent. De même, nous proposons de faire amender les textes applicables afin de faire siéger, dans les Commissions disciplinaires et dans les commissions ordinales, les des confrères et consœurs tirés au sort.

Cette participation sera évidemment facultative et elle sera compensée par l’attribution d’heures de formation continue. Elle permettra surtout à chacune et chacun de se réapproprier le fonctionnement de l’institution en siégeant dans les commissions cruciales au service de tous. Il faut que les avocats aient conscience que cette institution est leur maison commune.

A.- P. : Vous portez l'ambition d'une déontologie ancrée dans notre époque. Cela signifie-t-il la faire évoluer ?

V. B. : Il est souvent répété que la déontologie est la clé de voute de notre profession. C’est vrai. C’est elle qui nous rassemble et constitue le cœur de notre exercice. Mais elle doit suivre l'évolution de l'époque et les sujets actuels tels que l'intelligence artificielle, le métavers, les réseaux sociaux etc. Cela peut passer, par exemple, par un renforcement de la commission communication et réseaux sociaux ou envisager des commissions ordinales spécialisées par matière pour que les avis déontologiques soient rendus par des personnes qui exercent la matière concernée, au plus proche de la problématique. Il faut veiller à ne pas en trahir les fondamentaux, les valeurs qui nous distinguent des autres professions et relèvent autant de notre protection, de celle de nos clients et savoir l’adapter à l’évolution du monde dans lequel nos mêmes clients évoluent et agissent.

P. H. : Il ne faut jamais perdre de vue notre serment tout en faisant évoluer les usages. Par exemple, sur l’apport d'affaires qui, aujourd'hui, est pratiqué de manière détournée, nous souhaitons œuvrer pour clarifier les choses et le reconnaitre véritablement.

A.- P. : Dans votre programme, vous prévoyez d’accompagner le développement économique des cabinets et favoriser leur compétitivité. Comment allez-vous traduire cette volonté ?

P. H. : Un confrère n'est pas un concurrent, mais peut potentiellement être un apporteur d'affaires. Les Rencontres du Barreau évoquées précédemment seront dès lors également tournées vers l’extérieur, et plus particulièrementvers le monde de l'entreprise pour qu'il y ait une sorte d'interprofessionnalité, des passerelles faites entre les entreprises, les juristes d'entreprise et les avocats. Plus les mondes juridique et judiciaire se croisent et plus cela crée des opportunités de développement économique pour chacun. Plus on crée d'occasions de se rencontrer, et donc de synergies possibles, plus on œuvre pour des développements économiques.

V. B. : Un point nous tient particulièrement à cœur, c’est faciliter le moment crucial de l'installation, qui s’apparente trop souvent à un parcours du combattant. Pour cela, nous souhaitons mettre en place un “référent installation”, chargé de répondre aux très nombreuses problématiques concrètes auxquels sont confrontés les confrères et consœurs. Ce référent sera un appui et une aide à la création et à l'émergence de nouveaux cabinets.

A.- P. : De plus en plus de jeunes avocats quittent assez rapidement la profession pour faire autre chose. Qu’en pensez-vous ? Faut-il développer davantage la formation et la collaboration ?

V. B. : La formation est l’un des projets essentiels de notre programme parce qu’elle est la base du bon avocat. Nous sommes très attachés à une formation forte, à la fois initiale et continue. La formation initiale a beaucoup évolué ces dernières années, en termes de pédagogie, mais également de parcours proposés. L’objectif de la formation initiale à l’EFB doit être de confier aux élèves-avocats les clés et les outils pour devenir des professionnels efficients et efficaces dans leur matière, au fait des technologies et des évolutions de la société.

Il faut aussi leur donner le goût de la profession et leur montrer que celle-ci est capable de s’adapter aux différentes carrières qu’ils souhaitent y mener en son sein. Sans oublier la déontologie qui doit demeurer le cœur de la formation.

Nous avons d’ailleurs le projet de créer des partenariats entre l’EFB et certaines écoles de commerce pour qu'il y ait une interaction entre le droit et le business, avant même l’arrivée dans le monde du travail.

V. B. : Pour ce qui est de la formation continue, elle doit être un enjeu d'action forte, mais sans perdre de vue les fondamentaux, parmi lesquels encore et toujours la déontologie, les confrères et consœurs étant en attente de formations concrètes en la matière.

S’agissant de la collaboration, chacun remarque l’existence d’une crise dans sa mise en œuvre. Dans certaines matières, des cabinets ont du mal à recruter des collaborateurs, et ces derniers ne sont pas forcément satisfaits de ce qui leur est proposé. La difficulté de ce statut, c'est que l'on peut y mettre des attentes extrêmement différentes et diverses. Pour réussir à ce qu’un jeune avocat s’épanouisse dans une collaboration, qu’il contribue au succès du cabinet et à son développement économique, il faut une transparence dès le départ. Il faut surtout un respect des valeurs fondamentales qui sont attendues par ce mode d’exercice. Nous souhaitons aussi faire évoluer les textes pour permettre la création d’une formation de jugement disciplinaire spécialisée dans les questions de collaboration. Notre approche n’est évidemment pas répressive, mais l’impunité ne peut pas exister lorsque des abus sont constatés. Pour le reste, l’accompagnement, le mentorat, l’évolution de la déontologie que nous souhaitons, les rencontres et tous nos projets tendent à permettre à toutes et tous de s’épanouir dans son exercice professionnel.

A.- P. : Si vous êtes élu bâtonnier, vous deviendrez de droit vice-président du Conseil national des barreaux. Quelle sera votre action au sein de ce dernier ?

P. H. : L’idée est d'amorcer une symbiose avec toutes les institutions, parce que nous ne serons forts que si nous parlons que d'une seule voix. Mais aujourd’hui notre priorité absolue, c'est de redonner un essor au barreau de Paris qu'il a perdu avec les années. Seulement 8 627 votants aux dernière élections ordinales. Nous devons retrouver une dynamique, qui montrera ses effets sur les prochaines mandatures.

A.- P. : Vous avez déjà reçu le soutien de plusieurs centaines d’avocats. Que souhaiteriez dire aux autres pour les convaincre que vous êtes le binôme adéquat pour le barreau de Paris en 2024 ?

P. H. : Les confrères et consœurs qui s'engagent auprès de nous sont représentatifs de tout le barreau. Ils ont le sentiment qu'ils participent à un projet commun. Nous nous adressons à tous, notamment aux plus jeunes, ceux qui vont prêter serment demain. Nous sommes à un âge intermédiaire où nous pouvons justement créer cette transmission.

V. B. : Pierre et moi, nous nous inscrivons véritablement dans la tradition de notre institution et de ce barreau. Nous souhaitons le moderniser, lui apporter une ouverture, répondre à un certain nombre d'attentes de confrères et de consœurs, qu’il s’agisse de jeunes avocats ou de confrères honoraires. Nous avons véritablement la volonté, parce que nous aimons ce barreau, de le transformer. Et je crois que par nos profils, par ce que nous sommes tous les deux, par notre envie pour ce barreau et par notre dynamisme, nous pouvons tous ensemble le porter très loin.

Conditions d’exercice des avocates : le binôme dévoile les résultats de son enquête

Pierre Hoffman et Vanessa Bousardo ont mené une enquête sur les conditions d’exercice des avocates et les discriminations vécues par elles. L’objectif étant de faire un état des lieux des conditions d’exercice de ces dernières au sein du Barreau de Paris, de dégager des préoccupations spécifiques aux avocates en matière d’égalité femme-homme et de nourrir une réflexion autour de ce sujet.

Le binôme candidat au bâtonnat 2024 a dévoilé les résultats de cette enquête lors d’une conférence-débat sur le thème « Carrière des femmes : agir pour l’égalité »

Sur 1 478 avocates et avocats ayant répondu à l’enquête, 82 % sont des femmes.

Il en ressort notamment que :

  • 59 % que le fait d’être une femme freine l’évolution de leur carrière ;
  • 64 % des avocates interrogées considèrent qu’elles ne sont pas rémunérées au même niveau que les avocats ;
  • 74 % des avocates interrogées considèrent que la parentalité a freiné leur carrière ;
  • Lorsqu’elles subissent des violences, 47 % des avocates disent n’engager aucune action et seuls 3 % saisissent les instances ordinales ;
  • 39 % des avocates estiment qu’avocats et avocates sont traités de manière égale, contre 59 % des avocats ;
  • 82 % des avocates disent avoir été témoin de violences sexistes à l’égard d’une consœur, contre 50 % des avocats.
L’enquête dans son intégralité est à retrouver ici https://hoffman-bousardo.paris
Partager :
Abonnez-vous
  • Abonnement intégral papier + numérique

  • Nos suppléments et numéros spéciaux

  • Accès illimité à nos services

S'abonner
Journal du 21 avril 2023

Journal du21 avril 2023

Journal du 14 avril 2023

Journal du14 avril 2023

Journal du 07 avril 2023

Journal du07 avril 2023

Journal du 31 mars 2023

Journal du31 mars 2023

S'abonner
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?